tasminsati śvāsapraśvāsayorgativicchedaḥ prāṇāyāmaḥ (49)

De fait, quand le flux de l’inspiration et de l’expiration est rompu, nous accédons au prāṇāyāma (49)

À l’abri dans le ventre de sa mère, le bébé ne respire pas par les narines: aucun souffle n’entre ni ne sort de son corps seul le prāṇā y circule. Cette vie n’est pas cependant la sienne, mais celle de sa mère. Il n’acquiert d’existence propre qu’au moment de la naissance par son premier souffle, le véhicule de la vie. Ce souffle doit rentrer de nouveau dans la matrice divine, à l’intérieur de la pituitaire, ājñā cakra. La, il est possible de se défaire de toute inspiration et de toute expiration et de se fondre dans la force de vie. Quand le souffle s’achève, cette vie pure, le prāṇā, entre dans la matrice divine, et c’est ici que se situe le véritable baptême. Car par cette naissance dans la matrice divine, nous sommes baptisés par notre Âme. Pour reprendre les Evangiles « Amen, amen, je te le dis, nul, s’il ne naît d’en haut, ne peut voir le royaume d’Elohim » (Jn 3, 6), ou encore les Vedas : devare bhramanevidu, vous devez naître deux fois connaître bhrama. pour Par la pratique de yama, puis de niyama, on parvient à āsana, au point où la force de vie est stabilisée, au niveau du troisième centre (manipura). Dans le quatrième centre (anāhata) se situe prānāyāma, prāna samyama, le contrôle de la vie. Toutes ces étapes sont celles du prāna, de la force de vie. Cette vie n’est pas le souffle, puisqu’il est l’un des cinq éléments. Elle se situe au-delà des éléments, elle est leur créateur. Comme il est dit dans la bhagavad gītā (IV-41), … ātmavantaṁ na karmāṇi … quand on est dans ātmā, on devient ātmā. Il n’y a plus alors ni action, ni inspiration ni expiration. On entre dans le pur prānā, dans le véritable prānāyāma. Le but ultime se situe pourtant encore au-delà et nécessite la disparition de ce pur prānā. Il faut éroder celui-ci, l’éliminer pour atteindre le samādhi, puis kaivalya.

vāhyābhyantarastambhavṛttirdeśakālasaṅkhyābhiḥ paridṛṣṭo dīrghasūkṣmaḥ (50)

Sans prêter attention à l’aller et retour, à la rétention du souffle, au lieu, au moment, à la durée et au nombre, vous vous situez au-delà de cette attention-là, pour observer simplement que le souffle est long et subtil (50)

Le sutra précédent traite de śvāsa (l’entrée du souffle) et praśvā (la sortie du souffle). Ici, la description est plus approfondie concernant le prānāyāma (comment doit être le souffle). Il est précisé qu’il n’est pas question de s’attarder sur certains paramètres. Le souffle est notre vie, et la vie doit pénétrer dans l’âme. Elle doit être fine, subtile et flexible. Elle peut ainsi entrer par la petite porte étroite, au-delà du point de la pituitaire à l’intérieur du crâne dans le cœur du cœur (l’un des trois cœurs) ou tout se manifeste et naît. Le but de la vie est d’entrer profondément à l’intérieur de l’âme par l’ouverture subtile.

vāhyābhyantaraviṣayākṣepī caturthaḥ (51)

Le souffle sortant, le souffle entrant, le souffle matériel et le souffle intentionnel sont les quatre types de souffle (51)

Selon la situation, l’instant et l’intention qui anime l’individu, la nature du souffle change. Lorsqu’il expire en concentrant son attention sur un objet ou sur une parole, le souffle est comme interrompu. De même, quand un événement choquant survient, on inspire brusquement et le souffle est comme suspendu. Dans les deux cas, cela conduit à un déficit de prānā. Le souffle peut changer, mais c’est sans importance, car quand ces quatre souffles disparaîtront, le voile se dissipera.

tataḥ kṣīyate prakāśāvaraṇam (52)

Quand tout est désagrégé, alors le voile se dissipe et la lumière se manifeste (52)

Quand tout est détruit et que le voile se dissipe, nous parvenons à la vacuité, à la forme du sans-forme, dans le cinquième centre d’énergie, le son-graine sang. En partant de Dieu, la création a commencé dans la vacuité puis s’est prolongée dans les éléments air, feu, eau, et finalement terre. Quand tout est nettoyé, détruit, quand les quatre souffles disparaissent, le son sang se manifeste et l’on est en mesure d’atteindre la véritable concentration, dhāranā. Là, le souffle change et passe à un autre niveau de la méditation, dans la vacuité absolue.

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