avidya asmitā rāga dveṣa abhiniveśāḥ pañca kleśāḥ (3)

L’ignorance spirituelle, l’ego sans limite, la passion, l’aversion et l’attachement sont les cinq afflictions (3)

avidya est la non-connaissance de notre nature divine. asmitā est en lien avec les désirs sans limites de l’ego. rāga recoupe toutes les passions qui emportent le mental au gré des désirs, en particulier la colère quand les désirs sont contrariés. dveṣa est l’inimitié et plus largement toutes les aversions. abhiniveśā est la peur de la mort, en lien avec notre attachement au monde.

Ces cinq kleśā, en lien avec les cinq cakra, du 1er au 5e, qui sont le reflet du regard tourné vers l’extérieur, vers le monde, conduisent à un flux de pensée générant une expérience de souffrance. La souffrance va du subtil sentiment de séparation au désespoir.

avidyā kṣetramuttareṣāṁ prasuptatanuvicchinnodārāṇām (4)

La réponse au champ de non-connaissance est un profond sommeil activement disséminé dans tout le corps (4)

Le questionnement du 1er cakra est « Que faire pour assurer la subsistance ? ». Les réponses successives sont argent, sexe et nourriture, pouvoir, savoir et créativité. Ces réponses sont toutes tournées vers le monde et couvrent tout le corps, jusqu’à ājñā cakra, au centre du crâne, lieu de la conscience christique, de kutastha chaitanya. La non-connaissance du soi, sous toutes ses formes, est le grand sommeil de l’âme.

anityāśuciduḥkhānātmasu nityaśucisukhātmakhyātiravidyā (5)

Instabilité, impureté, tristesse, stabilité, pureté, plaisir, de même que d’être établi dans l’âme ou non, tout cela est avidyā (5)

Les dualités, mêmes subtiles, forment l’ignorance. La traduction usuelle de ce sutra est que l’ignorance est la confusion entre le temporel et l’éternel, entre la pureté et l’impureté, entre le plaisir et la souffrance, entre le soi et le non-soi. La distinction entre le soi est le non-soi est encore une dualité, la dernière peut-être.

dṛg darśana śaktyoh ekātmata iva asmitā (6)

Quand la vision et l’objet de la vision sont unis solidement, cela prend l’apparence d’une âme séparée. C’est l’origine d’asmitā, l’ego. (6)

A l’image d’une relation sexuelle, le contact visuel, ou sensoriel, avec un objet, est souvent suivi d’un désir, menant à une procréation. La procréation est en particulier la sensation d’exister, en tant qu’être séparé, et d’avoir un lien avec l’objet.

La vision, dṛg, est de nature masculine. L’objet de la vision, darśana, est de nature féminine. Ce jeu (dṛgdarśana) sans fin (asmitā), entre celui qui voit, la vision et l’illusion d’une existence individuelle (ekātmata iva), est le jeu sans fin de la vie.

sukhānuśayī rāgaḥ (7)

La dépendance aux désirs conduit à la colère (7)

Un désir satisfait contribue à créer de l’attachement. Un désir insatisfait provoque frustration et colère. Le feu du 3e cakra, non contrôlé, nous dessèche et nous assoiffe, nous plongeant durablement dans la quête de la satisfaction des désirs.

duḥkhānuśayī dveṣaḥ (8)

L’inimitié et les aversions (dveṣa) conduisent au doute et à la tristesse (duḥkha) (8)

L’élément air, dans le 4e cakra, est instable. Il véhicule bien le prāṇā et permet de créer des relations d’amour émotionnellement fortes. Ces relations sont facilement renversables en haine. Quand le contrôle de l’air est perdu, le doute est là. Quand l’amour est perdu, la tristesse est là.

svarasavāhī viduṣo’pi tathārūḍho’bhiniveśaḥ (9)

En suivant notre propension naturelle à rechercher une connaissance extérieure, nous nous enracinons dans l’attachement (9)

Nous voulons tout « goûter » par les cinq sens, au travers des cinq cakra inférieurs. En goûtant, on obtient bien une connaissance du monde, mais nous renforçons l’attachement au jeu de la vie. Cela crée et renforce asmitā (l’ego, le sans fin) et avidya (l’ignorance) s’en suit.

te pratiprasavaheyāḥ sūkṣmāḥ (10)

Eviter subtilement chacune de ces manifestions (10)

Le contrôle direct des vṛtti n’est pas possible. On ne contrôle pas le mental avec le mental. Si l’on a une volonté personnelle d’atteindre quelque-chose, on renforce l’attachement au monde, grossier ou subtil, et on s’éloigne du but. Le chemin est de se détourner de toute relation avec le monde, tout en restant fonctionnel. Il faut éviter de s’attacher à quoi que ce soit, y compris à cette idée qu’il ne faut pas s’attacher. En portant l’attention sur le subtil (sūkṣmā), en méditant sur l’âme, le soi, « celui qui voit », on progresse naturellement sur le chemin du yoga.

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