vṛttayaḥ pañcatayyaḥ kliṣṭākliṣṭāḥ (5)

Les cinq activités du mental sont porteuses ou non de souffrance (5)

Les activités mentales (vṛtti) font généralement écran à la Réalité.
Le sentiment de séparation est source de souffrance.
Ces activités ne sont pas en elles-mêmes négatives.

pramāṇa viparyaya vikalpa nidrā smṛtayaḥ (6)

La perception directe, l’erreur, l’imagination, le sommeil et la mémoire (6)

Cette répartition des activités mentales en cinq catégories est en lien avec les cinq cakras, de mūlādhāra à viśuddha.

pratyakṣānumānāgamāḥ pramāṇāni (7)

La perception directe, l’inférence est le témoignage sont les modes de la connaissance juste (7)

La connaissance, même juste, est un obstacle. Elle est potentiellement porteuse de souffrance.

Hors de l’état du yoga, quand draṣṭa n’est pas établi dans sa propre nature, les activités du mental renforcent l’expérience de séparation et de souffrance. Tendanciellement, tant que notre mental n’est pas entièrement sous contrôle, tous les mouvements du mental ont tendance à renforcer notre attachement au monde extérieur.

viparyayo mithyājñānam atadrūpapratiṣṭham (8)

La connaissance fausse est basée sur une perception erronée de la réalité (8)

La connaissance fausse sépare de la Réalité, comme les autres vṛtti, et provoque un décalage d’avec le monde.

Les sens sont faibles et le mental agité. Ces deux facteurs contribuent à viparyaya.

Les connaissances fausses sont nos croyances non solidement validées par la perception directe, l’inférence ou le témoignage de quelqu’un de compétent. Sans faire d’analyse, nous croyons tous ne pas être sujets à ces erreurs grossières. Hors, nous avons tous plein de points de vue et de croyances non-fondés. Par exemple, les valeurs morales et les idées politiques sont souvent personnelles et dépendent fortement de notre niveau de conscience. Si l’on demande à une femme « Est-ce que l’on devrait avoir le droit d’avorter ? », les réponses classiques sont « Absolument, c’est mon corps, je fais ce que je veux », « Non, c’est très mal d’avorter, c’est un crime contre la vie et c’est illégal » et « Il vaudrait mieux généralement ne pas avorter, mais il faut analyser les situations au cas par cas ». Il n’y a pas de réponse juste universelle. La réponse juste dépend de l’état de conscience et des circonstances. Dans l’instant présent, avec un mental calme, sans attachements, on sait ce qui est juste. Mais l’instant d’avant et celui d’après, on ne sait pas et on n’a pas besoin de savoir. Un mental calme est bien plus puissant et utile qu’un mental rempli de croyances. Les croyances, de plus, amènent de nombreux conflits.

Faites appel à viveka, le discernement, de manière à bien distinguer ce qui est établi dans la réalité et ce qui ne l’est pas.

Arrêtez de défendre vos croyances, cultivez plutôt la compassion.

śabdajñānānupātī vastuśūnyo vikalpaḥ (9)

L’imagination, fondée sur des mots, n’est qu’échaffaudage intellectuel, dépourvu de réalité (9)

Le mental est naturellement attiré par les fruits de l’imagination. Quand on s’attache à ces idées dépourvues de réalité, on vit dans le rêve éveillé.

abhāva pratyaya alambanā vṛttir nidrā (10)

Le sommeil est l’activité mentale fondée sur le néant (10)

Une interprétation commune, assez littérale du sutra, est qu’il y a une activité mentale dans le sommeil profond avec le néant comme objet.

Le grand sommeil est de ne pas savoir qui je suis.

Même riches matériellement, nous sommes très pauvres spirituellement car nous sommes insatisfaits. Cette pauvreté, cette dépendance à la matière, c’est le grand sommeil.

La véritable richesse, c’est la vie. Elle s’acquiert par le prāna.

anubhūta viṣayāsampramoṣaḥ smṛtiḥ (11)

La mémoire est la récurrence des impressions recueillies (11)

Tant que nous sommes identifiés, attachés, à nos mémoires, nous sommes prisonniers de notre fausse identité.

Se souvenir, s’il y a le moindre lien personnel, c’est rendre actuelle la prison du passé.

Nos actions (karma) laissent des traces (saṃskāra) en nous. Nous stockons toutes nos émotions avec lesquelles nous sommes en lien personnel. Ces traces, ou mémoires, nous conditionnent. Il faut nous en débarrasser, c’est à cette fin que beaucoup de techniques de yoga sont dédiées.

Les cinq vṛtti doivent être maîtrisés. Le sutra suivant indique comment l’on arrive à la maîtrise des activités mentales.

Sommaire – PrécédentSuivant

Un commentaire ?