L’assertion principale de la philosophie du yoga est que profondément nous sommes Éternité, Conscience et Béatitude. Nous ne sommes ni le corps, ni le corps subtil, ni le mental, pas même l’intelligence. Sans cette connaissance nous souffrons ; avec nous sommes libres.

En effet, en étant identifié à quelque-chose de limité et de changeant, la souffrance est inéluctable, la liberté est impossible.

Le yoga est l’état dans lequel il y a l’expérience directe d’être « Celui qui voit ».

Le but du yoga, comme des autres systèmes philosophiques védiques, est la libération de la souffrance. Le yoga est plus une science qu’une philosophie, il propose une méthode pratique qui conduit à des effets vérifiables.

Les deux principaux textes de référence sur le yoga sont la Bhagavad Gītā et les Yoga Sutras de Patañjali. Ils ont été écrits entre les ans -400 et 400. La datation est difficile car très longtemps la tradition n’a été transmise qu’oralement. Krishna dans la Bhagavad Gītā dit qu’il a transmis la science du yoga au Dieu Soleil, qui l’a ensuite transmise au premier homme. Cela fait remonter cette science à la naissance de l’univers.

La réalité éternelle, substantielle, est la Conscience.

Le monde est relatif, spatial et temporel. Il est expérientiel, mais pas substantiellement réel. Sa nature est illusion. La « substance » constitutive de notre monde est la pensée. Il est basé sur quatre idées : la création, l’espace, le temps et l’atome.

Cette haute philosophie, que tous les grands saints peuvent affirmer par expérience être vraie, est inutile. Soit nous ne la comprenons pas, soit nous la comprenons mais n’en faisons pas l’expérience directe. Elle ne nous libère donc pas. Le saint, déjà libre, n’a besoin de rien.

C’est là que le yoga, une philosophie qui reconnait la dualité, qui reconnait la souffrance et indique des moyens d’y mettre fin, a une valeur. Avec juste assez de confiance qu’il est en effet possible de se libérer de la souffrance, que les saints ne mentent pas, nous pouvons nous mettre en route, mettre en pratique des techniques concrètes qui nous rapprochent du but.

A la fin du chemin, il est réalisé que la souffrance est expérimentée, mais que personne ne souffre. La personne est une expérience, une construction mentale, pas une réalité substantielle. Il demeure que dans la réalité relative, la compassion a sa place. Le faux ego et la concupiscence sont les ciments de l’illusion. Il faut s’en défaire. Il n’y a qu’avec un mental calme, débarrassé de tout attachement, qu’il est possible de voir directement que « Je suis la Conscience ».

Le yoga propose d’agir « par devoir » et « sans attachement ». Cela a pour effet de progressivement nous libérer de nos mémoires et de nos attachements. Quand le mental arrête de vouloir plus, mieux et différent, il devient calme. La concentration, la méditation et le samādhi sont alors possibles. Ce trio permet de percer le voile de l’illusion et d’atteindre la libération. La lumière s’allume, la vie commence.

Selon le rishi Patañjali, le yoga est l’arrêt des vagues qui agitent le mental :

योगश्चित्तवृत्तिनिरोधः

yogaś-citta-vr̥tti-nirodhaḥ

Quand le mental est sous contrôle, la conscience-témoin est établie dans sa vraie nature: Éternité, conscience et béatitude. Sinon, elle est identifiée aux formes reflétées dans le mental: pensées, émotions et corps.

Pour sortir de l’illusion et regagner le contrôle du mental, il faut un effort soutenu, avec ferveur, pendant longtemps, sans attachement.

Patañjali définit une pratique en 8 étapes, l’aṣṭāṅga-yoga, l’ashta (8) – anga (parties) – yoga, dans le sutra 2.29:

यम नियमाअसन प्राणायाम प्रत्याहार धारणा ध्यान समाधयोऽष्टावङ्गानि ॥२९॥

yama niyama-āsana prāṇāyāma pratyāhāra dhāraṇā dhyāna samādhayo-‘ṣṭāvaṅgāni ॥29॥

  1. Contrôle de soi – yama
  2. Discipline – nyama
  3. Assise – āsana
  4. Contrôle de l’énergie vitale – prāṇāyāma
  5. Intériorisation – pratyāhāra
  6. Concentration – dhāraṇā
  7. Méditation – dhyāna
  8. Extase – samādhi

Pour méditer, il faut se concentrer. A cette fin il faut s’intérioriser, se couper des perturbations des sens. Le contrôle du souffle (plus précisément de l’énergie de vie ou prāṇa) permet de contrôler la direction de l’attention et permet donc l’intériorisation. Ces pratiques ne sont possibles qu’avec une assise stable et confortable, but des postures. Pour avoir le temps, l’espace et la disponibilité intérieure pour pratiquer, il faut une bonne hygiène de vie avec contrôle de soi et discipline. Telle est la pratique du yoga.